vendredi 2 février 2007
lundi 22 janvier 2007
J'INTERPOLE, TU INTERPOLES, NOUS INTERPOLONS
La mode, c'est toujours reproduire ce qu'on a déjà entendu avant. En musique, rejouer un morceau s'appelle une interpolation. Voici trois groupes qui ne sont pas recherchés par Interpol et qui ne reprennent pas du Interpol. Mais qui se poilent.
LA MAISON TELLIER
Ce groupe au nom étrange est un trio normand composé de Raoul, Helmut et Léon (ça ne
s'invente pas), arrivé récemment avec sa contrebasse. Depuis 2004, on peut les entendre, notamment sur Nova, avec leurs morceaux La chambre rose, A la petite semaine. Des balades nonchalantes, un son très acoustique pour une formation à cheval. A cheval entre la folk et la country. (A lire, une très bonne interview sur ce blog) Mais ce qui m'a vraiment interpolé - pardon - interpellé récemment, c'est leur reprise, leur interpolation, leur cover du morceau Killing in the name of, originellement interprété par Rage against the Machine. 3 minutes de pure country. Un trip dans la vallée de la mort, version normande, comme un cowboy qui sentirait le cidre. Sur leur myspace, ça continue avec un très inspiré Thanks god i'm a country girl, folie au rythme de rodéo. Dernière surprise : le morceau Toxic rough mix, qu'on écoute d'abord sans y faire attention. Une belle balade en double-poney dans le colorado, près d'Honfleur. Mais? Mais? Ces paroles? C'est Britney Spears! Eh oui. Excellente La maison Tellier, elle nous a bien eue. Et elle nous prouve que même avec des paroles dégoulinantes, on arrive à faire une chanson sensuelle.A noter aussi qu'ils font participer parfois la chanteuse Lippie, membre des Black&white Skins (qu'on peut entendre dans mon émission de radio sur le player principal de cette page) , et qu'on retrouve aussi sur son myspace.
DELPECH MODE
C'est un de ces nombreux groupes qui n'existent que sur myspace. Des groupes virtuels, en
somme, s'ils ne passaient pas dans le grand journal de canal+, comme ce curieux Delpech Mode. "Mi-Delpech, Mi-Mode, 100% Delpech Mode", annoncent-ils sur leur page. Une fusion inattendue et improbable, dirait Rémy Kolpa Kopoul, entre Michel Delpech et Depeche Mode."Le premier groupe des 150's" ajoutent-ils encore, bons mathématiciens. Le mélange des 70's et des 80's, en fait. Quant à leur musique, déraisonnée, c'est une habile reprise des plus gros tubes des Depech Mode, sur lesquelles ils plaquent les textes les plus connus du grand génie intemporel qu'est Michel Delpech. Ca donne, Strange Lorette, coktail chelou entre Strange et... Lorette. Ca donne Enjoy Loire et Cher (est-il encore nécessaire d'explixiter les titres?) ou encore Just quand j'étais chanteur, leur tube, et on comprend pourquoi. En bref, parce qu'il me semble inutile de s'étaler beaucoup plus sur les talents des chanteurs, qui brillent surtout par une voix stridente exceptionnelle, un grand moment de poilade. Ne manquez surtout pas leurs vidéos, à l'humour intergénérationel.THE BRASSENS
Un ami m'a dit sur myspace : écoute The Brassens. Au début, comme je suis un peu crétin, je
n'ai pas fait attention au nom et je me suis imaginé encore un énième groupe de pop de Brighton (cf Papa je peux prendre ta guitare, un peu plus bas). Même leur avatar, une moustache des cheveux et une pipe, ne m'a fait tout de suite fait tilter. Ce n'est qu'en entendant Le Mia, la première de leurs chansons, que j'ai compris mon malheur. Les The Brassens, qui imitent à merveille le style de la défunte guitare moustachue Sétoise, reprennent des morceaux qu'ils rejouent à la sauce Georges. Le mia donc, un tube, Le bal masqué de la Compagnie créole, et un splendide "laisse moi kiffer la vibe avec mon mec", à la base le rap Dj de Diam's. Coup de coeur.Pour ceux, comme Béatrice Ardisson, qui adorent les covers, foncez sur ce site qui répertorie toutes les covers des chansons les plus connues. Pour les dj et autres chercheurs de samples originaux, rendez-vous sur celui-ci, gigantesque bibliothèque de l'échantillonage (surtout hip-hop).
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Martin Bonheur
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Libellés : myspace
MUSIQUE/

Le rap est mort, tous les médias sont d’accords. Pourtant, avez-vous vu le nombre de groupes existants ? Pléthore de rappeurs, peu de résistants. Sortez de la terre, rappeurs morts-vivants !
BLING-BLING
En février 2005, le pointu magazine Longueur d’Ondes titrait : « Le Hip-Hop est mort, vive le Hip-Hop ! » En couverture, une main de squelette frôle un vinyl.
Depuis 1997, et le record de vente du troisième album d’Iam, vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires, le rap n’a cessé d’être remis en cause, critiqué, souvent à juste titre : la qualité des sorties n’est pas toujours au rendez-vous. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il devient rare que les artistes vendent plus de 250.000 albums, comme cette année Dernier Round de Kool Shen, premier des charts rap. On est loin de “l’âge d’or du hip-hop“, comme l’appellent certains nostalgiques, que le film La Haine semblait avoir déclenché, dans un hymne à une cité survoltée, à un rap brutal et conscient. Un rap qui n’appartenait plus aux Etats-Unis, mais à une patrie en pleine prise de parti.Ce qui étonnerait plus d’un lascar, vu l’avalanche de sons et d’images “hip-hop“ qu’on reçoit à longueur de zap des Etats-Unis, c’est que le même débat fait rage là-bas. Is hip-hop dead ? questionne le journaliste Walter Dawkins, sur le site daveyd.com, se plaignant d’une baisse de qualité depuis que le rap gangsta fit son apparition, début 90, avec des groupes comme NWA qui, selon lui, imprimèrent pour les dix années suivantes la marque d’un rap devenu sombre, dur, et surtout sans réelle intention d’innovation, si ce n’est celui de choquer les esprits. Un phénomène similaire semble s’être produit en France, le talent en moins. À force de s’inspirer du rap d’outre-atlantique, sans s’en cacher néanmoins, n’avons-nous pas calqué les défauts des pères américains ? Avec, comme depuis le début, le complexe d’avoir une dizaine d’années de retard et un obstacle linguistique : « Les américains sont plus forts que nous, leur langue swingue cent fois plus » pense Kool Shen, moitié de feu NTM.
Depuis une poignée d’années, c’est en effet l’avènement d’un rap bling-bling, un rap de ghetto porté par deux figures emblématiques : Booba et Rohff, chacun dans leur style. À grands renforts de beats électrifiés, d’instrumentaux sonnants comme de pompeux péplum et d’un accent “poignard dans la bouche“, les deux racailles sont devenues les porte-paroles de toute une génération d’adolescents en mal de sensations fortes. Ils intègrent à leurs textes tous les codes actuels que connaissent les jeunes des cités : une pseudo vie hollywoodienne bétonnée, où les pneus des caisses crissent. « J'rafraîchis les endettés, les détenus attendent ma venue, c'est le son de la canicule, mon véhicule chauffe l'avenue, ma zik est fatale, appropriée aux grosses bagnoles », déclame Rohff dans Le son qui tue. Le monde du rap est ébahi par sa plume : il est l’un des seuls, avec Booba, à rivaliser dans l’hexagone avec la nouvelle vague gangsta américaine, squattée par 50 cent. Dans les boîtes, ses tubes s’enchaînent sans accroc aux standards amerloques actuels. Pour Rocé, rappeur de l’ombre qui a toujours cherché à pousser son art à ses limites - sur l’album qu’il se prépare à sortir, il rappe sur du free-jazz, joué par Archie Shepp - ce processus est sclérosé : « Les rappeurs, pour rentrer dans le système, se sont inscrits dans le cliché de la rue, de la racaille. Il n’y a pas plus conservateurs que les rappeurs qui ne veulent pas sortir de ce cliché. Il ne veulent pas faire évoluer la musique. Ils n’ont aucune curiosité. » Ce cliché du rap soit disant “ghetto“, où l’on narre d’un air désabusé une vie de deal, de flingues et de belles carrosseries, c’est aussi les médias populaires qui l’ont provoqué, trouvant certainement “exotique“ cette vie de rue, avec tout ce que ça a de paradoxal, la cantonnant à des faits-divers glauques, puis captivants quand viennent les élections. L’amalgame rap égal violence, même après 15 ans de militantisme des artistes pour ne pas être considéré comme des cambrioleurs, est encore bien présent. « On ne met pas toujours la lumière sur les bons. On éclaire Joey Starr dans ses mauvais jours, le jeune rappeur qui fait un tube, (ou hier Monsieur R, rappeur en baisse de régime, contre qui les syndicats de police ont déposé une plainte pour son morceau Fransse, ndlr ) et ça conforte l’idée qu’on se fait du rap. » pense Oxmo Puccino, rappeur parisien. Pour Alexandre, l’un des créateurs du site 90bpm.com, c’est une honte : « Le hip-hop, c’est pas forcément des pit-bulls en banlieue. C’est aussi des dj devenus musiciens, des producteurs qui font des sons que t’entends même dans des films américains (référence à Nikkfurie, membre de La caution, et son titre avant-gardiste Thé à la menthe sur la B.O d’Ocean’s twelve) le graffiti, qui est un mouvement plein de talents. Ca part de la rue mais tu le retrouves dans des galeries d’art, même chez Agnès B» . Reste le problème des rappeurs récupérateurs :« Il y a une rage calculée, tout le monde se dit du ghetto. T’entends toujours le même message rabâché, parfois avec les mêmes mots, souvent le même flow et le même son. Essayons de trouver autre chose et faisons évoluer la musique. Pas la peine de toujours ressasser les mêmes thèmes. » prophétise Leeroy Kesiah, du collectif Saïan Supa Crew. VICTIME DE LA MODE
Les mauvaises langues se sont accordées à le dire : c’est à partir de 1996, quand Skyrock est devenu une radio entièrement rap et r’n’b, que cette musique a pris une autre couleur. Il est vrai que même si les rappeurs avaient déjà été médiatisés avant (dès le début même, avec l’émission H.I.P.H.O.P présentée par Sydney), ils ne jouissaient pas d’une telle promotion à l’échelle de l’hexagone. Très vite, en passant des titres jugés “commerciaux“ par les puristes - du “rap à l’eau“ disent les rappeurs - comme certains morceaux de Stomy Bugsy (Mon papa à moi est un gangster), de Ménélik (Quelle aventure) ou encore de soupe r’n’b, la radio fait figure d’ovni : c’est la seule à passer du rap et à plaire à la masse. Dix ans après, le succès est toujours plus retentissant, et la musique que l’on y sert, aux heures de grande écoute, toujours plus axée vers un public jeune, qui cherche ses repères, et voit peut-être un nouvel Eldorado dans ce mouvement qui brille, ces sons épurés de toute recherche artistique, ces refrains gluants comme le gloss sur les lèvres de leurs chanteuses. Chez Sky, la radio “premier sur le rap“, on se défend comme on peut de ces choix musicaux qui, à la manière d’une Star Academy,
avilissent les jeunes en ne leur montrant qu’une facette réductrice d’un art : « Le problème du rap français, ce n’est pas Sky, mais les autres radios qui ne veulent pas en jouer. C’est une musique qui a un très fort signifiant, qui a un caractère politique et ils n’ont pas envie d’y être associé. Sauf quand ça marche, là ils veulent récupérer. Et quand ils voient que notre radio qui la défend en prend plein la gueule, ça ne leur donne pas envie d’en jouer. » rétorque Laurent Bouneau, bien installé dans son gros fauteuil en skaï.Chez les rappeurs, on est conscient de l’influence que peut avoir la commercialisation à outrance de cette musique sur les jeunes. Une musique qui rapporte plus grâce aux sonneries de portable qu’aux albums et aux concerts. Diam’s, la rappeuse brute de femme, constate : « Le rap c’est un peu comme le foot, il y a des jeunes qui se lancent dedans mais qui ne sont pas réellement passionnés. Au bout d’un moment ils arrêtent. » Le groupe 113 ironise : « c’est comme “l’effet coupe du monde“. Le lendemain de la finale, il y a eu 20 ou 30 000 licenciés en plus ». « Les jeunes sont préoccupés par savoir ce qui marche », pense Cut Killer, l’un des seuls djs français à être connu à New-York, à avoir monté un studio en France. « Les jeunes vendent des street tape. Nous à l’époque, une street tape, c’était une maquette. On n’avait pas d’argent donc on démarchait les maisons de disques pour leur faire écouter. Aujourd’hui ils font leur musique, il la produise, il la distribue, ils font leur promo, ils font des fringues. Ils ont compris qu’il y avait un business et qu’il fallait se faufiler » poursuit-il. « Si le hip-hop ne se lasse de la liasse pour la masse, ce mouvement mourra hélas » chante Spleen, nouveau venu de 22 ans, dans un de ses textes. « Le problème du rap c’est qu’il n’y a plus de sens, on ne sait plus pourquoi on le fait. Dans mon ancienne cité, des mecs font des fringues comme Dia pour s’enrichir, ou produisent des potes rappeurs pour en faire un commerce. Finalement c’est devenu un business, comme dealer dans son quartier » conclut-il. Si aux USA, on chérit le mythe du “self made man“, comme Puff Daddy, parti de rien et devenu l’un des “king“ du rap new-yorkais, en France, on cultive la théorie moins reluisante du “gros coup“, sortir le single qui va vendre et passer en boucle à la radio. Malheureusement, très peu de rappeurs ont réussi à allier vente record et défi artistique. Récemment, il n’y a guère que les Sages Poètes de la Rue, dans la place depuis le début, à avoir réussi à sortir un album mixant machines à tube, sons dans le vent, et morceaux innovants, mâtures, bien que piochant dans des sonorités old school. En ça,
leur dernier disque Les trésors enfouis s’est démarqué des autres productions de cette année. « J’espère qu’il y aura aussi un public hip-hop de 35-40 ans. C’est ce qui se passe dans le rock et on est jaloux. Pourquoi un mec qui a le même âge qu’Akhenaton n’écoute pas du rap dans sa voiture ? » se demande Leeroy Kesiah. Avec raison : En essayant de coller à un public de plus en plus jeune et de plus en plus éclaté entre les différents styles de rap existants aujourd’hui, les pionniers du mouvement que sont IAM, Kool Shen, Joey Starr et MC Solaar, ont montré une attitude totalement régressive par rapport à leur évolution. Même si chacun cultive son propre genre, dans leurs dernières productions, on ne retrouve plus le feu sacré qui les animait auparavant. Le public qui les avait suivit, aimé pour ça, s’est mis à les délaisser pour de nouvelles formes musicales. L’exemple le plus probant est celui d' MC Solaar, qui, après deux premiers albums totalement à part, s’est retrouvé projeté dans une machine commerciale où il n’y a plus eu place pour ses textes engagés, poétiques et réfléchis, ni pour les sons funky qui faisait son charme. Sa dextérité a beau s’être affinée, on trouve dans son dernier album trop de titres tape-à-l’oeil comme Au pays de gandhi, où il surfe mollement sur une vague world, et pas assez de Je connais mon rôle, où il démontre qu’il peut être le maître d’un spoken word millimétré sur beat décalé.CLASSEZ-MOI DANS LA VARIET'...
...disait Doc Gynéco dans son premier album. Au moins, lui, n’est pas critiquable sur ce point (Il y a désormais d'autres points qui l'ont mis hors-jeu pour de bon, ndlr). Il a choisit son camp et mené son cheval de bataille avec prouesse, notamment en faisant participer des artistes comme Rita Mitsouko sur ses titres. Lui qui venait du possee Ministère Amer et de leurs sons provocateurs, comme Sacrifice de poulet. En débarquant sur le même marché que la chanson française, le rap s’est édulcoré, s’est formaté, et a perdu toute la subversion qui faisait son atout, son charme. Jusqu’en 96, rendez-vous compte que les rappeurs avaient réussi à faire aimer la cité, le goût de la révolte et la haine contre les vieilles institutions à une majorité de jeunes. Même des enfants de bonne famille. Rockin’ Squat, frêre de Vincent Cassel, et donc fils de, était l’un des
rappeurs, au sein d’Assassin, les plus engagés de tous. Et quand NTM gueulait: Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? ... on serait descendu dans la rue avec eux, comme en 68, pour tout brûler ! Depuis, NTM a clamé Pose ton gun, Laisse pas traîner ton fils, Ma Benz. Et on est remonté à la maison. Comme dit Leeroy Kesiah, « les mecs du rock, ils doivent être mort de rire. C’est quoi votre révolution ? C’était dingue au départ et maintenant vous faites simplement fumer du shit et cracher sur les flics. » Son groupe Saïan Supa Crew peut toujours être traité de “commercial“ par les autres rappeurs. Il n’empêche qu’il cultive, dans certains morceaux comme La preuve par trois, ou plus récemment J’aime pas (sur l’album concept Explicit Samouraï) un ton décalé, grinçant, et des textes à deux niveaux de lecture, où le racisme est montré comme dans un film de Spike Lee : dans les yeux des deux camps. Plus qu’un coup de vieux, le rap français est carrément devenu réactionnaire. Il se prend trop au sérieux. On a oublié qu’il était un fabuleux moyen d’expression pour crier ce que les autres chuchotaient entre deux lignes. Le rap s’est auto-censuré. Dans les dernières productions, ce qu’on remarque, c’est aussi un désir exacerbé d’avoir des textes intelligents. Peu importe le flow, la musique, les rimes doivent être de qualité. Comme le dit Akhenaton en parlant du rap à Marseille : « si tu écris pas bien ici, tu as pas trop tes chances. Tu as beau bien rapper, l’écriture prime. » Diam’s a rencontré le même problème dans son dernier album, où elle a voulu exprimer des choses très personnelles : « quand t’as envie de raconter des trucs sérieux, tu peux pas commencer à faire des roulements, et chanter en saccadé. Sinon on ne t’écoute pas ». Dans le dernier album d’IAM - et c’est peut-être les raisons pour lesquelles il a moins bien marché que le précédent - c’est déroutant ! Les trois rappeurs ont parfois tant voulu faire de la poésie, user de figures de style, qu’on ne sait plus du tout ce qu’ils veulent dire. Un nouveau courant, les rappeurs sans message ? On ne peut pas avoir encore Un bon son brut pour les truands, s’il vous plaît ? Teki latex, brailleur vulgaire du groupe TTC, ne s’y retrouve pas : « Laissons les philosophes faire de la philosophie. On est des rappeurs, on est là pour faire les cons, dire des jolies choses sans s’en rendre compte. Mais restons-en dans le domaine de l’expression brute et laissons ensuite les gens qui écoutent en tirer les conclusions qu’ils veulent. Le rap, ça devient une secte, avec des codes, et c’est pour ça qu’il se formate. » Pour la partie instrumentale, c’est idem. On ne retrouve plus le son qu’on leur connaissait, imprégné d’influences orientales. Les cithares ont laissé place à de criants violons malvenus. C’est un phénomène qu’on retrouve chez beaucoup de groupes : avec l’accès à la composition sur ordinateur qui s’est facilité, les rappeurs se sont improvisés musiciens, souvent avec un manque de technique et de talent flagrant. On s’en rend compte sur cet album des marseillais, Revoir un printemps : seules les deux chansons composées par Imhotep, l’architecte musical du groupe, percutent l’oreille. Un hasard ? En regardant derrière, on s’aperçoit que les meilleurs albums de rap ont toujours été supervisés par de talentueux compositeurs, comme Jimmy Jay, présents sur les premiers disques de Solaar, ou Prince Charles Alexander, un américain qui a propulsé le son de nombreux groupes. Que fait-on sans eux ? On compose ou l’on sample fébrilement de tristes sons de cordes, de voix d’orchestre, comme le font les américains avec talent, et au final, la majorité des sons rap se sont uniformisés en une vaste symphonie indigeste, plus ou moins
influencée chaque année par les nouveaux sons mainstream qui viennent de l’ouest. Les boucles à deux balles de l’époque manquent. « Quand tu regardes les vieux clips, les interviews, les concerts, tu hallucines devant la gratuité de l’acte. Les mecs, ils transpirent avec un gros sourire, ils amènent leur cousin, leur mère dans les clips, et tu sais que c’est à l’oeil, pour la passion. Un moyen de s’extérioriser, de s’amuser. Du sport. Et la compétition est dans le je-m’en-foutisme : Ah ouais tel rappeur il s’en fout ? Eh ben moi je vais m’en foutre encore plus! » rappelle Rocé. Une philosophie que beaucoup ont délaissée, cloisonnant le rap dans un système de vente qui ne lui sied pas. En tout cas, pas encore : avec le temps, le rap devra apprendre à se professionnaliser, à rester un métier de passionnés. Comme a pu le faire le label Hostile Records, sorte de Def Jam (l’un des plus grands labels de rap US) à la française, maintenant affilié au géant EMI. Un constat troublant : sur la majorité des artistes interviewés pour cette enquête, presque aucun n’écoute de rap français. Du rap américain, ça oui. Mais comment peut-on s’impliquer dans une musique que l’on n’aime pas, dont on renie l’identité par complexe de nationalité ? Quelles sont les vraies motivations ? Le rap est-il fabriqué par des dilettantes ? « Dans la société actuelle, on te met dans un schéma où quoi qu’il arrive, ta musique doit être en expansion commerciale. Si tu n’es pas dans ce système tu n’intéresseras pas les maisons de disques, ni les radios. Alors que tu peux en vivre tranquillement sans ça, même si tu n’auras pas de grosse voiture. C’est valable pour le rap aujourd’hui, mais c’était pareil pour le rock hier, et avant-hier pour la disco » pense Rocé. Piratage internet, albums qui ne se vendent pas, les artistes doivent retourner sur scène, par la force des choses. C’est le choix qu’ont fait les Saïan Supa Crew depuis le début, peut-être aussi parce qu’ils sont de fervents défenseurs du mouvement : « On est parti sur les routes, on a dormi à gauche à droite. Les autres rappeurs, eux, ne se bougent pas le cul, ils font une tournée de 30 dates maximum, et encore. Nous, on a même fait des concerts pour 10 personnes, des concerts à Chalon-sur-Saône. On a chanté avec deux micro. Et quand à la fin, on nous donnait nos 700 francs, on avait oublié qu’on serait payé. Il faut aller au charbon. »TOUCHE D'ESPOIR Les nouveaux arrivant ont bien compris l’importance de la scène, de la popularité qui en découle, et de l’aspect ludique de chaque évènement. TTC, La Caution, La Rumeur, Svinkels, Birdy Nam Nam, Spleen, Bam’s, Hocus Pocus, Psykick Lyrikah, Mister Aul, Kwal, Klub des Loosers... autant de groupes et de rappeurs satellites qui gravitent depuis des années autour du hip-hop, et qu’il faudra surveiller d’une oreille alerte. Rappeurs de soirées, instrumentalistes, scratcheurs, slammeurs, fous de jazz, buveurs de bière : ils apportent, chacun à leur manière, une fraîcheur, une spontanéité, et une originalité que beaucoup d’autres compositions ont perdue dans les méandres d’un capitalisme musical formaté, d’une culture jetable, d’un art prémâché. Peu de groupes peuvent revendiquer leur différence aujourd’hui, car trop de copies nuisent à l’authenticité de chacun. « Il faut que les jeunes aient faim. C’est ça la force du rap français. Ceux qui se démarquent sont ceux qui se donnent des challenges pour aller plus loin, et non pour faire la même chose que les autres. » confie dj Cut Killer, qui avoue regretter ne pas se faire bousculer un peu plus parfois, histoire de retrouver la rage du début. « Aujourd’hui, je n’ai jamais vu de soirée purement rap français, ça n’existe pas. C’est ça notre problème. Moi c’est mon challenge pour 2006 : créer une tournée de soirées exclusivement hip-hop français. » crache-t-il quand même. Le défi est lancé. Laissons faire ceux qui sont satisfaits que le rap soit devenu une musique comme les autres. Le mouvement hip-hop, dans toutes ses disciplines, a été certainement l’ouragan culturel le plus fédérateur et créatif de ce siècle. Mais comme tous les mouvements de foule, il se trompe parfois de chemin, se dirigeant vers ce qui brille. Espérons que les artistes le ramèneront à l’essence de sa raison : l’asphalte. Que le rap redevienne un son révoltant, festif, et combatif. Que le rap sorte du ghetto, mais retourne dans la rue.
SPLEEN (Warm)
She was a girl
ROCE (No format)
Identité en crescendo
SAIAN SUPA CREW (Virgin)
Hold Up
EXPLICIT SAMURAI (Toxic –Virgin)
Rap
TTC (V2)
Bâtards sensibles
LA CAUTION (Kerozen)
Peines de maures – Arc-en-ciel pour daltoniens
SVINKELS (Atmosphériques)
Réveille le svink
BIRDY NAM NAM (UWE)
Birdy Nam Nam
113 (Epic)
113 degrés
Hocus Pocus (Onandon records)
73 touches
IAM (EMI – 361 records)
Double Chill Burger – Quality Best of (Akhenaton)
Platinum collection – triple album best of
Nouvel album d’Akhenaton à paraître début 2006
KOOL SHEN (IV my people)
Dernier Round
DIAMS (Hostile)
Brut de femme
BOOBA (Barclay – Universal)
Ouest side
ROHFF (Hostile)
Au delà de mes limites
MC SOLAAR (East West)
Mach 6
DOC GYNECO (EMI)
Un homme nature
article écrit en février 2006 pour le Monde 2, mais paru sous une autre forme
Publié par
Martin Bonheur
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Libellés : booba, Diam's, hip-hop, IAM, Mc Solaar, NTM, oxmo puccino, rap, rocé, rohff, saïan supa crew
TENDANCE/
LA NOUVELLE DISCIPLINE BANCHEE
Une erreur s'est glissée dans cette photo. Laquelle? Le premier à trouver et à me laisser un commentaire gagnera un stip-tease, nouvelle discipline au top de la mode dans le nord, entre Toucoing et Arra. Saluons la participation active de Marjolaine-je-me-suis-faite-avoir et J'ai-oublié-son-nom-je-suis-cocue (Victoria? Laura? Vanessa?). Ces trois filles, avec leur sourire magnifique forment un trio qui en chimie s'appelle une synapse.
Reste à savoir comment se pratique le stip-tease. Le stip-tease est une discipline canaïenne certainement. Ou bège. La pratiquante doit remuer sa silicone le plus longtemps possible avant que les implants explosent. La dernière à rester est la grande gagnante. Notons que la championne de France 2003 (voir photo) a été disqualifiée depuis. Elle avait en fait de vrais seins.
Publié par
Martin Bonheur
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09:25
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Shigeru Miyamoto, le génie du jeu
En mai dernier, le génial Shigeru Miyamoto, D.A. de Nintendo et créateur de Mario, recevait du ministre de la culture la médaille de chevalier de l'ordre des arts et des lettres. A cette occasion, j'ai réussi à avoir une petite interview.
Etes-vous fier que ce soit la France qui vous remette cette décoration ?
Bien entendu je suis content d’avoir reçu cette récompense. Mais ce qui est très important pour moi est de voir que les hommes politiques français reconnaissent le jeu vidéo comme une forme de culture. Je trouve ça très impressionnant et je suis aussi très heureux que ça vienne de la France, qui est une terre de culture, une terre d’art. Ca ne m’étonne pas que la France soit le premier pays du monde à reconnaître le jeu vidéo d’une telle manière. C’est une forme de respect.
Malgré l’importance de ce média au Japon, vous n’avez pas la même reconnaissance ? Bien entendu au Japon, il y a ce qu’on appelle des associations de designers, d’électronique, des choses comme ça, et j’ai reçu des prix de ces associations. Mais il ne s’agissait en rien de décorations officielles, il n’y a jamais personne de mon corps de métier qui ait reçu une telle distinction. Elles sont en général réservées à des gens très âgées qui ont eu un parcours impressionnant. Etre reconnu de manière officielle par un gouvernement, c’est la première fois que ça m’arrive.
Vous êtes plutôt du genre décontracté d’habitude. Vous avez fait l’effort de mettre une cravate…
Effectivement je n’aime pas trop les cravates, même quand je vais travailler. Aujourd’hui j’ai mis celle-là, elle est plutôt mignonne, qu’est-ce que vous en pensez ? Ce costume, je l’ai depuis très longtemps, mon père me l’a offert un jour en me disant : « il y a des jours où il faut savoir bien s’habiller, donc tu vas bien t’habiller. » C’est ce que j’ai fait. C’est ma femme et ses parents qui ont pensé la coordination entre la couleur de la cravate et de la pochette, donc vous voyez aujourd’hui je suis habillé comme ma famille le voudrait. Ce sont vraiment des vêtements et une coordination de vêtements que ma famille a pensé il y a des années pour une occasion comme celle-ci. Ils m’ont dit : « Ah ! enfin, ton heure est venue. »
En parlant de votre famille, il paraît que c’est grâce à votre père que vous avez pu rentrer chez Nintendo ?
On ne peut pas vraiment dire que j’ai été pistonné. Même si mon père avait un ami qui connaissait le directeur de l’époque, ce n’est pas directement grâce à lui que je suis rentré dans la mesure où lorsque je me suis présenté là-bas, on m’a répondu qu’on n'embauchait pas de designers. Malgré tout, j’ai quand même eu un entretien. C’est lors de cet entretien avec le chef de projet de l’époque que j’ai été embauché.
Quelle était votre première fonction ?
Je faisais du design de papiers cadeaux, du design d’autocollants pour le Mah-jong, j’ai aussi designé des jeux de société.
D’où vous vient cette créativité, vos personnages ?
Je pense que ça me vient de mes souvenirs d’enfance que j’essaye de retranscrire de manière la plus pure possible. Sinon, j’ai un petit côté monomaniaque. Dès que je me mets à penser à quelque chose, ça ne me sort pas de la tête tant que je n’en suis pas satisfait. Je ne suis pas non plus perfectionniste, mais je m’accroche beaucoup à mes idées. Je m’accroche à un concept et une fois que c’est terminé et que ça passe derrière moi, je reprends des choses de ce projet pour le remettre dans d’autres.
On a l’impression que l’un de vos buts est d’énerver le joueur, de le surprendre à tous moments ?
Mon grand plaisir quand je crée un jeu est de créer la surprise, de placer partout des petits pièges et de me demander quelle sera la réaction des joueurs. J’ai toujours envie de voir leur visage éclairé par quelque chose.
La majorité des jeux qui viennent du Japon paraissent bien plus créatifs que les jeux européens ou américains, plus dans la recherche d’une forme de réalisme. Comment expliquez-vous cette créativité, cette folie des japonais ?
Le problème de l’industrie du jeu vidéo, c’est qu’il y a énormément de gens qui arrivent en se disant « ça, ça a marché, il faut absolument que je fasse un truc qui marche aussi. » Chez Nintendo, ce que nous privilégions c’est ce que l’on appelle les game producers, les gens qui pensent les jeux de manière très personnelle, ceux qui se disent : « j’aimerais tellement faire quelque chose comme ça, j’aimerais avoir une idée originale, quelque chose de différent. » Chez Nintendo, c’est ce que nous recherchons, une originalité au maximum. Je pense d’autant plus que le marché d’aujourd’hui est ouvert à cette originalité et que dans l’avenir on embauchera plus des gens qui viendront en disant : « moi je veux faire ça parce que c’est drôle », plutôt que des gens qui vont promettre un succès calqué sur des choses qui ont marché par le passé.
Comparativement à vous qui développez un monde très enfantin, mais aussi très ludique et facile à manier, on dirait que les européens se cantonnent à des jeux qui singent le cinéma. Ne pensez-vous pas que c’est notre problème ?
Effectivement, la plupart des gens se dirigent vers le secteur qui fonctionne le mieux, qui rapporte le plus d’argent. Tout le monde va dans la même direction, tout le monde veut faire des consoles plus belles, plus puissantes, plus rapides. Le problème c’est que la voie se bouche et que le jeu vidéo ne se résume pas à une simple étude marketing. Il faut que les gens explorent de nouvelles voies et c’est ce que nous essayons de faire avec la DS et bientôt la Wii, et la preuve en est que nous avons connu un succès phénoménal à la fin de l’année dernière avec des titres complètement originaux, à des années lumières de tous les best-sellers de l’année passée. Je pense que pour la santé économique du marché des jeu vidéo, il faut savoir se diversifier et savoir explorer de nombreuses pistes plutôt que d’explorer toujours celles où l’on a un taux de réussite minimum garanti. C’est un fait. On est dans une logique de rentabilité, mais il faut aussi voir le jeu vidéo comme un nouveau mode d’expression. Il faut donc essayer d’exprimer des idées différentes. Vous n’avez pas toujours envie d’entendre la même chose tout le temps. D’ailleurs quand les créateurs de jeux, les sociétés font des études marketing et demandent aux joueurs à quoi ils veulent jouer, les joueurs répondent toujours : « moi je voudrais jouer à ce que je joue maintenant mais en mieux. » C’est toujours comme ça. Alors que la chose à laquelle ils sont en train de jouer ils n’y ont même pas pensé avant d’y jouer. Notre métier ce n’est pas sans cesse d’améliorer les mêmes choses, c’est de créer des choses nouvelles à laquelle les gens vont venir naturellement et s’habituer.

La wii, sortie le houi décembre dernier
Même si ce n’est pas tout à fait comparables, le cinéma a à peu près 100 ans, le jeu vidéo 25. Alors à quoi ressembleront les jeux dans 75 ans ?
Ce que je souhaiterais, et ce qui serait un aboutissement pour moi, c’est que lorsque le jeu vidéo aura 100 ans, il ait pu imposer la toute puissance de ses spécificités, c’est à dire l’interactivité et ce à tous les niveaux de la société. Que l’interactivité en tant que concept fasse partie de la vie de tous les jours des gens qui vivront à cette époque. J’espère qu’on en viendra à des interfaces de plus en plus simples, de plus en plus élaborées aussi, mais de plus en plus adaptées au plus grand nombre, et que la facilité d’utilisation en fasse quelque chose de populaire au sens le plus large du terme.
Allez faites-nous rêver…A quoi aimeriez-vous jouer si c’était possible ?
Par exemple imaginez quelqu’un qui ne sait pas dessiner, quelqu’un qui ne sait pas faire de musique ou qui ne sait pas écrire d’histoire… imaginez maintenant un outil qui lui donne les moyens d’exprimer ce qu’il ressent alors qu’il ne le peut pas. Quelqu’un qui sait faire de la musique ou qui sait dessiner, c’est quelque part quelqu’un qui possède une interface supplémentaire. Ce que je trouverais génial c’est que dans 100 ans, le jeu vidéo soit une interface qui permette à n’importe qui de s’exprimer et de vivre ce qu’aujourd’hui seul quelques personnes puissent pratiquer. Pouvoir créer des mondes simplement d’un mouvement de doigt ! Mais je vais vraiment y réfléchir, c’est une question très large.
Michel Ancel parlait, lors de la remise des décorations, du jeu comme d’un moyen pour les enfants de s’éveiller. Etes-vous d’accord ?
Je suis tout à fait d’accord avec lui. Pour moi, le jeu vidéo en tant que média est mâture, il existe en tant que lui-même, il n’a plus besoin d’être comparé à quoi que ce soit. On est comme dans n’importe quel média, chaque chose a son rôle à jouer. Il y a des jeux qui ont leur rôle à jouer. Il y a des jeux négatifs, ou positifs. Par exemple, sur la DS, le rôle de la plupart des jeux est de s’amuser en apprenant. Par exemple, avec le jeu du programme d’entraînement du cerveau, tout en s’amusant, on rajeunit son cerveau. Au Japon, il y aussi un jeu qui se joue avec un dictionnaire où l’on apprend des mots, un jeu pour apprendre l’anglais, différentes manières de s’amuser avec un jeu vidéo. Comme tous les médias il apporte différentes choses, le tout est de savoir à quoi l’on joue. Par exemple, une des choses que j’aurais vraiment aimé fabriqué, c’est Google Earth. C’est pour moi une partie de mes rêves. Ca ressemble à un concept de jeu auquel je pense depuis tellement longtemps. Voilà le genre de choses que j’ai envie de construire.
Comment arrivez-vous à expliquer que le jeu ait dépassé les autres médias ? Pensez-vous que le désir de fuir la réalité, surtout dans un pays très dur à vivre comme le Japon, pousse les gens à jouer aux jeux, comme Nintendogs par exemple, où l’on s’occupe d’un chien virtuel ? Une vie par procuration en quelque sorte…
Voilà une question bien difficile. C’est vrai que les gens semblent de plus en plus occupés et qu’ils réclament de plus en plus une part de liberté, une part de loisirs. Mais je n’ai pas de réponse, c’est une question très difficile. Les gens s’amusent avec les outils qu’on leur donne. Le DS par exemple leur donne de nouvelles facilités de jeu beaucoup plus faciles à appréhender. C’est pour ça qu’elle a du succès. Je ne pense pas qu’il y ait un désir de fuite de la réalité. Ce n’est pas mon opinion en tout cas.
Quel est votre jeu préféré ?
Pacman. Je trouve le design génial.
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Martin Bonheur
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Hip-hop gaming En perpétuelle quête de réalisme et d’imitation du quotidien, le jeu vidéo s’est trouvé un nouveau mouvement à intégrer, le hip-hop.
Nés tous les deux aux Etats-Unis dans les années 70 (Pong, premier jeu grand public sort en 1972 - Afrika Bambaataa organise les premières “block party“ en 1977), ces deux cultures ont fait route commune sans jamais vraiment se mélanger. Quelques lyrics par-ci : « Maintenant les nains ont giclé Blanche Neige et tapent, éclatent des types claquent dans Mortal Kombat » (chanson Petit Frère du groupe Iam), quelques pixels par-là avec des jeux comme Parappa the Rapper où l’on interprète un chiot qui rappe dans des décors vanille-fraise. Rien de bien explicite. Mais depuis que les maisons d’édition du jeu engagent des experts en style qui passent leur temps à noter tout ce qui fait la mode, les nouveaux langages, bref, ce qui marche auprès des jeunes, les temps changent. C’est branché de porter une aiguille à tricoter sur la narine ? On va en mettre une à ce personnage. Les jeunes boivent de la bière et tapent de la “c“ ? Notre prochain héros fera pareil. En perpétuelle quête de grosses ventes, le jeu vidéo s’accapare des codes de la réalité, pour faire fructifier ses ventes auprès d’un public en recherche d’identification.

GTA San Andreas, à l'effigie du groupe NWA
Car plus que la musique, ce sont tous les détails, de la chaîne en or jusqu’aux sneakers blanches, le slang, les seins siliconés des bimbos de vidéo-clips, qu’on a modélisé pour les intégrer au jeu. Avec San Andreas, dernier épisode de la série GTA, on interprète un jeune des ghetto californien. Pareil pour Urbz : Sims in the city, où c’est le groupe Black Eyed Peas qui fait partie du jeu et de l’habillage sonore, et Get on da mic, sorte de karaoké, où l’on vous apprend à rapper comme un dur. Devenus produits de marketing, Method Man, Redman, Busta Rhymes, Xzibit ou encore Noreaga, sont les faire-valoir de ce jeu de combat qui, par ailleurs, est l'un des meilleurs du genre. Ouf ! On ne prend heureusement pas le joueur pour un crétin qui bave seulement devant des stars. La came est de qualité. Rien de révolutionnaire c’est sûr, mais des combats de poids lourds bien réalisés et une innovation : la participation du public encerclant le ring qui donne des armes, des coups, et attrape les combattants. En mode solo, on se crée son personnage à partir d’un portrait robot policier et on peut l’affubler par la suite de toutes les caractéristiques d’un b-boy : caquette à l’envers, mi-bas sur la tête, chemises de baseball, pantalon-baggy, joailleries en tout genre et tatouages politiquement incorrects. Reste à s’en mettre plein la poire dans des “fight club“ où les “biatch“ chères aux rappeurs, comme Lil’ Kim, assistent au spectacle et repartent pour la nuit avec le meilleur guerrier.

Def Jam Fight For New-York, Electronic Arts. PS2, XBOX, GameCube.
Sayd des Mureaux a co-réalisé cette année le dernier album de Rohff, La fierté des nôtres (Hostile-EMI), produit quatre titres sur l’album de Relic, Légende urbaine (Barclay-Universal) et des remix pour Wallen et LS. Il sort l’année prochaine un album concept en solo.
Un article que j'ai écrit il y a presque deux ans, et qui n'a jamais paru.
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dimanche 21 janvier 2007
VOYAGE/

Toit toit mon toit
Il n'y a pas que les chats qui grimpent sur les ardoises. Peu de gens le savent, mais les toits de la capitale sont accessibles. Avec un peu de culot, de la technique, et une clef magique, cet été, c’est bronzage sous le soleil exactement, juste en dessous.
Le passe-partout.
En 98, au lieu d’aller en cours, Alex décide de se faire des toits. Peu ramoneur, il n’avait au début aucune chance d’y arriver. Seulement voilà : un de ses camarades avait acheté sous le duffle-coat la clef des Postes. Kézako ? c’est la clef qu’utilisent nos facteurs quand ils distribuent le courrier, ils l’insèrent dans une serrure près du digicode pour ouvrir les portes d’immeubles (vous ne pensiez tout de même pas qu’ils mémorisaient tous les codes, non ?). En deux-deux, il duplique le bout de métal chez le cordonnier du coin qui l’interroge, bougon :
“ C’est la clef des PTT, ça ? ”.
“ Et alors ? ”
Pour 15 francs de l’époque, Alex peut ouvrir Paris.
Le sésame pététesque.La Technique.
Les toits, c’est pas ce qui manque le plus, il y en a un pour chaque immeuble. Normal, sans eux, où mettre l’antenne de la télé ? Seulement, avant d’y accéder, il faut connaître les bases. Primo, pénétrer un immeuble est parfois un problème, même muni de la fameuse clef. Certaines portes n’ont pas de serrure PTT, d’autres sont ouvrables jusqu’à 19h seulement, et d’autres encore restent un mystère (ça peut-être la clef qui fonctionne mal : c’est un duplicata de duplicata… Tourner la clef plusieurs fois sur elle-même s’avère parfois être la solution). “ Clic ”, quand la porte s’ouvre c’est jouissif. Vous êtes dans le hall, vous admirez les mosaïques et le marbre. Première récompense. Dans les immeubles les plus vieillots, il faut maintenant gravir l’escalier de service. Les immeubles modernisés ont l’avantage d’avoir un ascenseur, mais avant, une deuxième porte bloque votre passage. Alors bluffez, sonnez chez quelqu’un comme Saïd dans “ La Haine ”, et baragouinez ce qui vous chante.
En haut enfin, trouvez le vasistas. Cette fenêtre donne sur le toit, mais elle est trop haute pour l’atteindre les bras levés. Il faut donc récupérer l’échelle de l’immeuble qui traîne à l’étage, ou dans la cour. Malheureusement, elle est souvent enchaînée. Pas de panique, redescendez sans faire trop de bruit et essayez l’immeuble d’à côté.
Allo? Astérix? Il est pas là Astérix?Le Kiff.
Une fois ce parcours du combattant réussi, un nouveau monde s’offre à vous. Là, plusieurs choix possibles, mais tous aussi grisants. Buller au soleil ou au clair de lune, frimez devant sa copine en inventant des noms d’étoiles, faire un câlin à son amoureux à l’abri des regards obliques. Il y a tout de même des toits mieux que d’autres. On peut quelquefois se balader sur plusieurs immeubles, atteindre des endroits dédiés à la bronzette, au barbecue, à la fumette, au nudisme (au wifi ?). Personnellement, Alex m’a conduit en haut du toit de l’église St Sulpice (voir encadré), ce qui restera une de mes plus belles expériences. 360° de Paris au 34e étage, c’est flippant : le luco ressemble à un bac à sable, le Sacré-Cœur est une carte postale, la ville est dépliée comme un plan en 3D. Dément.
Les Conseils.
Faut faire gaffe quand même. Il n’est pas inutile de rappeler qu’on se remet mal d’une chute du septième étage. Demandez à Icare. Les toits sont souvent en pente, glissants, et sans garde-fous. Evitez donc : de faire le con, les semelles lisses, les cuites et les drogues dures. Se faire un toit c’est une affaire de responsabilité. On évite de faire du bruit dans les immeubles, de déranger les gens, et surtout de dégrader les lieux. D’ailleurs, les flics n’arrêtent pas les toiteurs paisibles, mais seulement ceux qui cassent des tuiles, font des graffitis, jouent au ball-trap. Pas vraiment de risques donc si on a l’esprit civique. Dernier conseil : habillez-vous avec des vieilles fripes car on se salit beaucoup. On n’a jamais vu de ramoneur en costar, non ?
“ Illégales ”
-Le plus facile :
Le toit du CROUS, 5 rue André Mazet dans le 6e, jusqu’à 19h. Après avoir ouvert la porte d’entrée avec la magic key, prenez l’ascenseur jusqu’au 4e étage. À droite se trouve une porte donnant sur le toit. Elle est ouverte. Montez ensuite par les échelles pour atteindre le deuxième, puis le troisième toit, la vue est ici bien meilleure.
-Le plus plat:
79 avenue Denfert Rocherau ,14e, un immeuble ouvert la journée, jusqu’à 19h, qui possède un toit plat en gravier, des murs de protection, et une vue sympa. Les locataires en dessous ne vous entendent pas alors profitez-en pour faire un barbecue.
-Le plus impressionnant :
Le toit de la tour nord de l’église St Sulpice, 6e. Après avoir tiré une poubelle d’immeuble (les grosses et vertes) jusqu’au derrière gauche de l’échafaudage, utilisez-là pour grimper à l’intérieur de celui-ci. Ensuite, vous n’avez plus qu’à monter 33 étages, puis admirer la vue : Catherine Deneuve habite en face, on voit sa baie-vitrée et ses culottes qui sèchent.
-Le plus bronzette (et le meilleur selon moi) :
Toujours place St Sulpice, au numéro 1, immeuble en général ouvert la journée. Aux chambres de service (7e étage), vous trouverez plusieurs fenêtres donnant sur un 1er toit. Une échelle solidement fixée permet d’atteindre le second, un lieu spécial bronzette, avec vue sur tout Paris. Ici pas de risque : des barrières vous protègent de la chute.
-Le plus Rive-Droite :
10 rue Bertin Poirée dans le 1er arrondissement, si vous avez la clef, vous pouvez accéder au toit 24h/24. Vue pas mal, sécurité o-k. Le problème est que le vasistas est situé devant la porte d’une locataire flippée, qui appelle les keufs au moindre bruit suspect, notamment les bruits de pas sur sa toiture. En clair : CHUT !
“Légales“
-La Samaritaine, 19 rue de la monnaie, dans le 1er. Oui je sais, le Panorama tout en haut est fermé pour des raisons de sécurité, mais on peut aller admirer la capitale depuis la terrasse du “Tout Paris“ (le resto), c’est déjà pas mal.
-Le toit de la tour Montparnasse, 33 ave du Maine, 6e. A 209 mètres, vue panoramique. Plein tarif, 8 euro, ouvert de 09h30 à 23h30.
-Le toit de l’arc de Triomphe, place du Général de Gaulle, 8e. Plein tarif, 6,4 euro, ouvert de 09h30 à 23h30.
-Le toit de la tour Eiffel, Champ de Mars, 7e. Plein Tarif jusqu’au troisième étage, 9,9 euro, ouvert de 09h à minuit.
-Le toit de Nova, 33 rue du faubourg St Antoine, 11e. Après une présentation à l’accueil, montez au7e étage, il est accessible à l’heure du déjeuner pour qu’on puisse manger au soleil. Le reste du temps, une porte blindée ainsi qu’un dragon bicéphale bloquent le passage. En somme, bonne chance.
Voici un article que j'ai fait paraître dans Nova mag il y a quelques années...
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Martin Bonheur
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MUSIQUE/
Papa, je peux prendre ta guitare ?
Pas une semaine ne passe sans qu’on n’entende parler d’un nouveau groupe anglo-saxon qui fait fureur. Vous avez dû les voir en couverture des magazines spécialisés, des titres comme Magic qui se délectent de ces formations en provenance des Etats-Unis, ou bien souvent, d’Angleterre. Un point commun ? Une majorité d’entre eux porte la très tendance particule “The“, devant leur nom. Dans les années 80, le groupe new-wave The The s’en moquait déjà ouvertement. The Strokes, The White Stripes, The Libertines… jusqu’à des noms absurdes comme The Yeah Yeah Yeahs. Des dizaines de groupes qui réussissent un pari inouï : ils plaisent autant à la dernière génération d’adolescents qu’à leurs parents, qui prennent plaisir à voir ressurgir les guitares électriques qui traînaient dans le grenier depuis la fin du “swinging London“. On en parle en effet dans les pages cultures des quotidiens, qui ne ratent jamais l’occasion de tirer le portrait du dernier en lisse. Ils jouent aussi dans les émissions live des chaînes de télé, comme Canal + et son programme « L’album de la semaine », qui espère retrouver un peu d’énergie jeune, connue à l’époque du Top 50. Un phénomène qui s’est donc bien installé ici en France, mais qui outre-manche, est devenu depuis cinq ans une vague culturelle massive. Explications.
Revenons un peu en arrière, en 2001, date du premier album de The Strokes, Is this it. Dans les bacs à disques américains, désormais squattés par l’avalanche hip-hop/R’n’b, ainsi que sur les chaînes musicales comme MTV, il n’y a plus de place pour le rock. Après s’être dévoyé en se mélangeant aux sons rap west coast, dans ce qu’on appelle le Rapcore, et des groupes comme Limp Bizkit, les rockeurs semblent un peu perdus. Seuls les dinosaures Rolling Stones ou U2 continuent de plaire à la masse. Même le CBGB, club mythique de New-York où de nombreux groupes légèrement underground comme les Ramones se sont fait la main, se désemplit. Il menace de fermer cette année. A cette époque donc, les new-yorkais de The Strokes trouvent la parade pour se faire connaître : traverser l’atlantique. Là, on les accueille comme il se doit, la presse est dithyrambique et leur rock mélodique, porté par des tubes comme Last nite, triomphe dans une tournée à guichets fermés. D’autres groupes comme Interpol imiteront leur expérience en se produisant dans toute l’île. Peu de temps après, c’est au tour des anglais de donner le change en propulsant à la tête des charts The Libertines, qui explosera malheureusement en plein vol à cause de son leader, le très controversé Pete Doherty, toxicomane préféré des tabloïds (voir encadré). En 2003, le public fait aussi connaissance avec The White Stripes, duo qui, après avoir gravité dans l’underground de Detroit, explose dans toutes les radios avec le tube interplanétaire Seven nation army et un troisième album, Elephant, qui reste gravé dans les mémoires. Enfin, surgit de Glasgow en 2004 le quatuor Franz Ferdinand. Avec plus de 4 millions d’albums vendus à travers le monde, et des riffs de guitare aussi simples à retenir que des mélodies de Beatles, ils confirment définitivement la venue d’une ère pop. Invités à des festivals comme Benicassim en Espagne, ils séduisent même le public électronique : on peut aussi danser sur leur musique.
Trois accords sur une guitare électrique, une batterie rageuse : ces nouveaux groupes de garage rock ou de powerpop, chacun dans leur style, remettent au goût du jour un son lo-fi (en opposition au hi-fi, haute fidélité) inventé par Dave Davies dans les années 60 sur You really got me (le frère de Ray et guitariste des Kinks s’amusait à éventrer ses enceintes au rasoir et à planter des épingles dans son ampli, créant ainsi un son saturé, barbare) et une manière triviale de jouer de la musique, de préférer les concerts aux studios. « On voulait sonner comme nos disques préférés des années 70, » raconte Nick Valensi, guitariste de The Strokes. « Lust for life d’Iggy Pop, Loaded des Velvet Underground, les albums solo de John Lennon… C’étaient les références quand on décrivait à notre producteur le son qu’on recherchait. Je ne pense pas que ça soit vraiment lo-fi. C’était un son à la pointe de la technologie dans les 70’s ! » poursuit-il.
Avec 30 ans de retard, ils s’imposent à une époque où la musique électronique qu’on se fait chez soi devant son ordinateur s’est démocratisée à outrance, où les dj ont remplacé les rock stars. The Dead 60’s, jeune quatuor de Liverpool qui ressuscite avec brio le punk anglais des Clash, raconte : « Pas mal de groupes sont des gens de nôtre âge qui se sont remis à la guitare quand ils étaient plus jeunes, dans les années 90, quand Blur et Oasis se tiraient la bourre. A cette époque, on a commencé à se remettre à jouer de vrais instruments, plutôt que d’essayer de devenir des djs stars, ce qui était devenu une véritable manie. Maintenant, c’est nous qui faisons des tournées et sortons des albums. »
Si les influences américaines sont aussi les MC5, Sonic Youth, The Stooges ou encore Talking Heads, au Royaume-Uni, c’est toute la grande époque des mods, des groupes comme The Kinks, The Who, jusqu’à la fin des années punk et The Smiths qui ressurgit. Entre les deux pays, un mouvement de balancier semble s’exécuter : chacun se nourrit de l’autre dans une énergie créatrice intarissable. Si les Beatles et les Stones puisaient déjà à leurs débuts dans les standards du blues du Mississipi, comme veulent bien se raconter les vieux bluesmen qui n’ont jamais eu la chance de percer outre-Atlantique (à voir absolument : Le blues entre les dents, documentaire de Robert Manthoulis, Doriane Films), aujourd’hui, c’est toute la culture rock depuis plus de cinquante ans qu’on s’échange à tout va. Et l’Angleterre est la pierre angulaire de ce trafic musical.
Aux Etats-Unis en effet, on produit depuis cinq ans de très bons groupes comme Radio 4 ou The Rapture, qui inondent les dancefloors à coups de tubes tapageurs, ou plus récemment Clap your hands say yeah, qui ont défrayé la chronique avec leur psyché rock aux accents hauts perchés, et leur vente record de 65 000 albums, uniquement grâce au web. Mais on retient surtout des américains un sens aiguë de ce que peut être une “cool attitude“. Ils font la mode. On tient pour preuve The Strokes, dont le chanteur, Julian Casablancas, n’est autre que le fils du créateur de l’agence de mannequin Elite, John Casablancas, et dont le groupe apparaît toujours avec cet air faussement détaché qu’ont les mecs cools, que ce soit lors de concerts au Mercury Lounge (club bobo du lower east-side, à Manhattan), ou lors de shootings photos, affublés des tenues les plus branchés qui soient, baskets Converse blanches aux pieds. Nick Valensi, l’un des guitaristes, confirme : « Le problème, avec le public new-yorkais, c’est que tout le monde est trop cool. Ils s’amusent bien, mais ils n’osent jamais vraiment bouger, danser, parce qu’ils ont peur du ridicule. Ils restent juste debout à regarder et écouter, en appréciant. Je ne me plains pas : je fais la même chose aux concerts des autres. Ca fait depuis que j’ai 13 ans que je ne danse plus dans les fosses des salles de concerts. »
En Angleterre, c’est différent. Heidi Slimane, directeur artistique de Dior Homme, a beau prendre en photo les Franz Ferdinand ou Pete Doherty dans des frusques haute gamme (il publie un livre en 2004, à l’effigie de la nouvelle scène rock, Stage), là-bas, c’est la culture du coin de pub, pinte à la main, qui est à son apogée. Les jeunes groupes s’essayent dans des gigs, sortes de concerts à moitié improvisés dans des salles populaires à souhait, où chaque groupe a une demi-heure pour démontrer son talent, devant un public qui n’hésite pas à crier ses joies et ses peines. C’est comme ça qu’ont commencé Arctic Monkeys. Il y a trois ans, leurs parents leur offraient à Noël leur première guitare, alors qu’ils s’ennuyaient un peu : « C’était un hobbie parmi d’autres. On aurait pu continuer à faire du skateboard mais on avait envie d’essayer quelque chose de nouveau. » ricanent-ils. Ravagés par l’acné, le cheveu gras ou un peu grassouillet, les quatre ados en polo-jean-baskets (est-ce à ça que ça ressemble, un mod du 21e siècle ?) ont appris en deux ans, comme d’autres le skate, à faire de la musique. Ils racontent : « on jouait les trucs les plus faciles au début, le générique de James Bond. Puis tout est venu tout seul. » Un premier single, Bet you look good on the dancefloor, distribué lors des concerts, des gigs, est rapidement mis en ligne sur le net par des fans. En moins d’un an, et après des dizaines de concerts à travers le pays, la rumeur gronde, et les voilà en première place des charts. C’est le phénomène Full Monty, d’ailleurs tourné à Sheffield : « On est juste des gens normaux qui sont devenus connus », ironisent-ils, acceptant totalement la comparaison avec les strip-teaseurs du film. Si certains les renvoient à The Jam ou encore aux Stray Cats, les quatre se défendent bien de la corrélation, prétendant ignorer tout de ces groupes. On veut bien les croire : à la différence des Dead 60’s, qui joue un ska pompant The Specials ou The Clash, ou encore de Bloc Party, qui ressuscitent New Order avec leur post new wave, les Arctic Monkeys s’illustrent par une énergie (le batteur, certainement le meilleur musicien de la formation, est en concert autant rageur qu’éclaté de rire) et surtout un sens de l’ironie bien à eux. Sur scène, le chanteur n’hésite pas à se payer la tête de l’assistance. Un humour anglais très identitaire, une autodérision qui se retrouvent dans leur textes, des odes au quotidien de leur quartier. Comme Blur le faisait avant eux, ou plus récemment le rappeur Mike Skinner de The Streets, qui, partant de scènes de vies banales, développe une poésie urbaine désopilante.
Au sud du pays, à Brighton, c’est The Kooks, du même âge, qui vient de sortir. Avec un look méticuleusement désinvolte, à mi-chemin entre les hippies et le grunge, ils débarquent avec une folk acidulée, un joyeux mix entre Bob Dylan et Oasis. Déjà gonflés d’une culture musicale pointue, ils épatent autant par leur aisance à répondre aux questions des journalistes, qu’à leur facilité à jouer du vieux blues, pendant qu’ils vous parlent. Des petits cons vraiment talentueux. Seul vrai reproche qu’on peut faire à cette bande de jeunes musiciens : bravo d’avoir remis le rock au goût du jour, mais où sont passés les God save the queen effrayants? Ne leur manque-t-il pas un soupçon de révolte ? Quand on leur demande, ils jouent la carte du détachement. Pour les gars de Brighton, c’est qu’ils veulent changer le monde en étant positif, en déplaçant les foules avec une musique gaie. Pour les teignes d’Arctic Monkeys, c’est plus débile encore : « on a pas la culture politique nécessaire. On préfère chanter les choses qu’on connaît, c’est la plus facile des choses à faire. » Comme si Sid Vicious avait fait sciences po.
Dans leur sillage, des grappes entières de jeunes musiciens rêvent eux aussi à la réussite. Que ce soit grâce à internet (voir encadré), en chantant dans les gigs, ou en passant à la télé, comme c’est le cas du chanteur des Ordinary boys, qui, sortant de l’émission Big Brother, a réussi à faire connaître son groupe. Ils font désormais la couverture du NME, le tabloïd musical qui fait office de référence, comme l’était autrefois Rolling Stone aux Etats-Unis. « Aujourd’hui en Angleterre, tout le monde est dans un groupe » raconte le batteur d’Arctic Monkeys. « Les jeunes commencent à jouer de la musique dès le lycée. Peut-être que les instruments sont de moins en moins chers aussi. » Rapide coup de fil à Andy’s, l’un des plus imposants magasins de guitare de Londres : « C’est certain que par rapport à il y a quinze ans, les ventes ont explosé. De plus en plus de gens, de kids, rentrent et s’intéressent aux guitares, ils veulent voir les plus chères, les Gibson et les Fender. Il y a même des labels qui viennent et qui nous achètent jusqu’à 20 000 livres de matériel, pour équiper leurs artistes» prétend l’un des vendeurs. Mieux vaut être anglais aujourd’hui si l’on veut percer dans la pop. Alors qu’on fête cette année les trente ans de la naissance du punk, des premiers concerts des Sex Pistols, il semblerait que la musique anglo-saxonne n’ait jamais pris autant d’ampleur. Devenue plus qu’un terrain d’essais, comme à l’époque de Madchester et de la Factory, c’est le nouvel eldorado des maisons de disque et des médias.
Mais à manquer de vrai tempérament et de créativité, on en vient parfois à perdre de son originalité, remarquait déjà en 75 le célèbre critique Greil Marcus (Mystery Train, 434 p., éditions Allia) : « L’imagination est en mauvaise passe dans le Rock’n’roll post Beatles. Le public n’est plus habitué à l’idée que l’on puisse inventer quelque chose, créer un personnage et l’incarner réellement, comme le faisait Chuck Berry et Bob Dylan. Il prend tout au pied de la lettre. » Quelle futur pour tous ces groupes ? Espérons-leur peut-être un retour au “no future“, qui paraît maintenant si révolutionnaire. Trente ans que le punk est né, mais Johnny Rotten sort à peine de l’équivalent anglais de La ferme des célébrités. Drôle d’époque pour des jeunes rock stars déjà nostalgiques.
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Martin Bonheur
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