Hip-hop gaming En perpétuelle quête de réalisme et d’imitation du quotidien, le jeu vidéo s’est trouvé un nouveau mouvement à intégrer, le hip-hop.
Nés tous les deux aux Etats-Unis dans les années 70 (Pong, premier jeu grand public sort en 1972 - Afrika Bambaataa organise les premières “block party“ en 1977), ces deux cultures ont fait route commune sans jamais vraiment se mélanger. Quelques lyrics par-ci : « Maintenant les nains ont giclé Blanche Neige et tapent, éclatent des types claquent dans Mortal Kombat » (chanson Petit Frère du groupe Iam), quelques pixels par-là avec des jeux comme Parappa the Rapper où l’on interprète un chiot qui rappe dans des décors vanille-fraise. Rien de bien explicite. Mais depuis que les maisons d’édition du jeu engagent des experts en style qui passent leur temps à noter tout ce qui fait la mode, les nouveaux langages, bref, ce qui marche auprès des jeunes, les temps changent. C’est branché de porter une aiguille à tricoter sur la narine ? On va en mettre une à ce personnage. Les jeunes boivent de la bière et tapent de la “c“ ? Notre prochain héros fera pareil. En perpétuelle quête de grosses ventes, le jeu vidéo s’accapare des codes de la réalité, pour faire fructifier ses ventes auprès d’un public en recherche d’identification.
Busta Rhymes surgonflé, dans Def Jam Fight For New-York
Dans Def Jam Fight For New-York, suite du jeu de catch Def Jam Vendetta qui s’était illustré en mettant sur le ring des vedettes du fameux label américain dirigé par Russell Simmons, on bat des records de stéréotype : les bad boys de la musique sont devenus de grossiers combattants, icônes d’agressivité plus que de son. « Quand j’ai vu Def Jam, je me suis dit : des rappeurs qui se bagarrent, on rentre dans le cliché rap égal violence. Quand ce n’est que de la musique qui est récupérée ça va. Je trouve que pour le reste, ça dessert le sujet. » selon Sayd des Mureaux, compositeur français de hip-hop. Il faut dire que depuis un certain temps, de nombreux jeux, et surtout ceux provenant de la maison Electronic Arts comme Def Jam, sont accompagnés d’une bande-son hip-hop. Dans Need for Speed Underground 2, on peut même entendre un remix exclusif du tube de The Doors, Riders on the storm, par Snoop Doggy Dogg et Ludacris. Ils le chantent le 14 décembre dernier aux Video Game Awards. « Dans (GTAGrand Theft Auto, jeu vidéo d’aventures urbaines violentes) c’est le plus flagrant : il y a des radios dans les voitures où t’écoutes du hip-hop, de la funk. Avec des bons titres de rap américain. Dans Tony Hawk (Tony Hawk’s Undergerground 2, jeu de skate en pleine rue) c’est pareil. Le jeu vidéo a carrément récupéré les codes du hip-hop. Ils savent qu’en récupérant ça, les gens du Hip-hop, qui sont de gros joueurs, vont se focaliser sur ces jeux. Le jeu-vidéo s’est greffé à cette culture. » précise Sayd.
GTA San Andreas, à l'effigie du groupe NWA
Car plus que la musique, ce sont tous les détails, de la chaîne en or jusqu’aux sneakers blanches, le slang, les seins siliconés des bimbos de vidéo-clips, qu’on a modélisé pour les intégrer au jeu. Avec San Andreas, dernier épisode de la série GTA, on interprète un jeune des ghetto californien. Pareil pour Urbz : Sims in the city, où c’est le groupe Black Eyed Peas qui fait partie du jeu et de l’habillage sonore, et Get on da mic, sorte de karaoké, où l’on vous apprend à rapper comme un dur. Devenus produits de marketing, Method Man, Redman, Busta Rhymes, Xzibit ou encore Noreaga, sont les faire-valoir de ce jeu de combat qui, par ailleurs, est l'un des meilleurs du genre. Ouf ! On ne prend heureusement pas le joueur pour un crétin qui bave seulement devant des stars. La came est de qualité. Rien de révolutionnaire c’est sûr, mais des combats de poids lourds bien réalisés et une innovation : la participation du public encerclant le ring qui donne des armes, des coups, et attrape les combattants. En mode solo, on se crée son personnage à partir d’un portrait robot policier et on peut l’affubler par la suite de toutes les caractéristiques d’un b-boy : caquette à l’envers, mi-bas sur la tête, chemises de baseball, pantalon-baggy, joailleries en tout genre et tatouages politiquement incorrects. Reste à s’en mettre plein la poire dans des “fight club“ où les “biatch“ chères aux rappeurs, comme Lil’ Kim, assistent au spectacle et repartent pour la nuit avec le meilleur guerrier.
Ok, ok, j'ai pas niqué ta mère!
Un jeu pour racaille ? Pas forcément selon Sayd : « La même formule version rap français ça ne marcherait pas. Il y aurait des censures. Le rap français est trop associé à banlieue, cité et violence. Aux Etats-Unis, le rap c’est plus businessmen, meufs à poil. C’est pour ça que quand t’as des artistes français qui essayent de faire de l’américain, en terme d’image, ça marche pas. On n’a pas cette culture là, socialement c’est différent. Les cailleras ils vont s’amuser vite fait : on va se taper avec les gars du Wu-tang ? bof. Je préfère jouer à PES 4. Def Jam ils ont voulu le faire à la catcheur mais le bourgeois comme le mec de cité il s’en fout. (…) Le jeu c’est une question de culture. (…) Si tu veux faire la caillera il faut jouer à GTA. » En tout cas, cette dénaturation du mouvement hip-hop, qui souffre depuis quelques années d’une overdose de marketing, n’entachera pas les ventes, au contraire. C’est un juste retour des choses puisque le jeu s’inspire de son propre public. « En studio, on prévoit toujours de ramener une Playstation. A cause de jeux cultes comme PES ou Tekken. En général en studio il y a toujours un petit coin salon. Entre deux prises ou pendant la finalisation d’un mix, quand l’ingé-son a besoin d’être seul, on se met sur la PS2 et on se fait des petits clash. Tous les gens de ce milieu font ça. Il y a même des studios qui ont carrément équipé leur salon d’une console. En tournée, j’ai vu des mini-bus avec PS2, dans les chambres d’hôtel, on la ramène. Il y en a, ce sont des accros de ça. » indique Sayd. Pour preuve, l’émission de télévision La Raclée sur MCM co-produite par le dj Cut Killer où s’affrontent sur le jeu de foot PES une kyrielle de stars françaises qui gravitent autour du hip-hop. Tant que le mouvement continuera, la grosse machine du jeu assimilera ce qui fait sa réussite, comme un miroir de la société, de ses phénomènes. Il faut espérer qu’à l’avenir, les game designers sauront faire la différence entre les styles, entre les bonnes inspirations et les mauvaises. Le hip-hop est une culture qui, heureusement, est faite de codes bien plus raffinés et subtils que ceux qu’utilisent, à tort ou à raison, les produits en tête de gondole.
Def Jam Fight For New-York, Electronic Arts. PS2, XBOX, GameCube.
Sayd des Mureaux a co-réalisé cette année le dernier album de Rohff, La fierté des nôtres (Hostile-EMI), produit quatre titres sur l’album de Relic, Légende urbaine (Barclay-Universal) et des remix pour Wallen et LS. Il sort l’année prochaine un album concept en solo.
Un article que j'ai écrit il y a presque deux ans, et qui n'a jamais paru.





1 commentaire:
Il semble que vous soyez un expert dans ce domaine, vos remarques sont tres interessantes, merci.
- Daniel
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