dimanche 21 janvier 2007

VOYAGE/




Toit toit mon toit

Il n'y a pas que les chats qui grimpent sur les ardoises. Peu de gens le savent, mais les toits de la capitale sont accessibles. Avec un peu de culot, de la technique, et une clef magique, cet été, c’est bronzage sous le soleil exactement, juste en dessous.

Le passe-partout.
En 98, au lieu d’aller en cours, Alex décide de se faire des toits. Peu ramoneur, il n’avait au début aucune chance d’y arriver. Seulement voilà : un de ses camarades avait acheté sous le duffle-coat la clef des Postes. Kézako ? c’est la clef qu’utilisent nos facteurs quand ils distribuent le courrier, ils l’insèrent dans une serrure près du digicode pour ouvrir les portes d’immeubles (vous ne pensiez tout de même pas qu’ils mémorisaient tous les codes, non ?). En deux-deux, il duplique le bout de métal chez le cordonnier du coin qui l’interroge, bougon :
“ C’est la clef des PTT, ça ? ”.
“ Et alors ? ”
Pour 15 francs de l’époque, Alex peut ouvrir Paris.

Le sésame pététesque.

La Technique.
Les toits, c’est pas ce qui manque le plus, il y en a un pour chaque immeuble. Normal, sans eux, où mettre l’antenne de la télé ? Seulement, avant d’y accéder, il faut connaître les bases. Primo, pénétrer un immeuble est parfois un problème, même muni de la fameuse clef. Certaines portes n’ont pas de serrure PTT, d’autres sont ouvrables jusqu’à 19h seulement, et d’autres encore restent un mystère (ça peut-être la clef qui fonctionne mal : c’est un duplicata de duplicata… Tourner la clef plusieurs fois sur elle-même s’avère parfois être la solution). “ Clic ”, quand la porte s’ouvre c’est jouissif. Vous êtes dans le hall, vous admirez les mosaïques et le marbre. Première récompense. Dans les immeubles les plus vieillots, il faut maintenant gravir l’escalier de service. Les immeubles modernisés ont l’avantage d’avoir un ascenseur, mais avant, une deuxième porte bloque votre passage. Alors bluffez, sonnez chez quelqu’un comme Saïd dans “ La Haine ”, et baragouinez ce qui vous chante.
En haut enfin, trouvez le vasistas. Cette fenêtre donne sur le toit, mais elle est trop haute pour l’atteindre les bras levés. Il faut donc récupérer l’échelle de l’immeuble qui traîne à l’étage, ou dans la cour. Malheureusement, elle est souvent enchaînée. Pas de panique, redescendez sans faire trop de bruit et essayez l’immeuble d’à côté.

Allo? Astérix? Il est pas là Astérix?

Le Kiff.
Une fois ce parcours du combattant réussi, un nouveau monde s’offre à vous. Là, plusieurs choix possibles, mais tous aussi grisants. Buller au soleil ou au clair de lune, frimez devant sa copine en inventant des noms d’étoiles, faire un câlin à son amoureux à l’abri des regards obliques. Il y a tout de même des toits mieux que d’autres. On peut quelquefois se balader sur plusieurs immeubles, atteindre des endroits dédiés à la bronzette, au barbecue, à la fumette, au nudisme (au wifi ?). Personnellement, Alex m’a conduit en haut du toit de l’église St Sulpice (voir encadré), ce qui restera une de mes plus belles expériences. 360° de Paris au 34e étage, c’est flippant : le luco ressemble à un bac à sable, le Sacré-Cœur est une carte postale, la ville est dépliée comme un plan en 3D. Dément.

Piste noire.

Les Conseils.
Faut faire gaffe quand même. Il n’est pas inutile de rappeler qu’on se remet mal d’une chute du septième étage. Demandez à Icare. Les toits sont souvent en pente, glissants, et sans garde-fous. Evitez donc : de faire le con, les semelles lisses, les cuites et les drogues dures. Se faire un toit c’est une affaire de responsabilité. On évite de faire du bruit dans les immeubles, de déranger les gens, et surtout de dégrader les lieux. D’ailleurs, les flics n’arrêtent pas les toiteurs paisibles, mais seulement ceux qui cassent des tuiles, font des graffitis, jouent au ball-trap. Pas vraiment de risques donc si on a l’esprit civique. Dernier conseil : habillez-vous avec des vieilles fripes car on se salit beaucoup. On n’a jamais vu de ramoneur en costar, non ?

10 bonnes adresses pour voir Paris sous un autre angle. Les autres, c’est à vous de les découvrir. On ne voudrait pas vous gâcher cette partie du plaisir, celle de galérer des heures avec ses amis, le nez en l’air, à l’affût de la moindre ardoise praticable.
“ Illégales ”
-Le plus facile :
Le toit du CROUS, 5 rue André Mazet dans le 6e, jusqu’à 19h. Après avoir ouvert la porte d’entrée avec la magic key, prenez l’ascenseur jusqu’au 4e étage. À droite se trouve une porte donnant sur le toit. Elle est ouverte. Montez ensuite par les échelles pour atteindre le deuxième, puis le troisième toit, la vue est ici bien meilleure.
-Le plus plat:
79 avenue Denfert Rocherau ,14e, un immeuble ouvert la journée, jusqu’à 19h, qui possède un toit plat en gravier, des murs de protection, et une vue sympa. Les locataires en dessous ne vous entendent pas alors profitez-en pour faire un barbecue.
-Le plus impressionnant :
Le toit de la tour nord de l’église St Sulpice, 6e. Après avoir tiré une poubelle d’immeuble (les grosses et vertes) jusqu’au derrière gauche de l’échafaudage, utilisez-là pour grimper à l’intérieur de celui-ci. Ensuite, vous n’avez plus qu’à monter 33 étages, puis admirer la vue : Catherine Deneuve habite en face, on voit sa baie-vitrée et ses culottes qui sèchent.
-Le plus bronzette (et le meilleur selon moi) :
Toujours place St Sulpice, au numéro 1, immeuble en général ouvert la journée. Aux chambres de service (7e étage), vous trouverez plusieurs fenêtres donnant sur un 1er toit. Une échelle solidement fixée permet d’atteindre le second, un lieu spécial bronzette, avec vue sur tout Paris. Ici pas de risque : des barrières vous protègent de la chute.
-Le plus Rive-Droite :
10 rue Bertin Poirée dans le 1er arrondissement, si vous avez la clef, vous pouvez accéder au toit 24h/24. Vue pas mal, sécurité o-k. Le problème est que le vasistas est situé devant la porte d’une locataire flippée, qui appelle les keufs au moindre bruit suspect, notamment les bruits de pas sur sa toiture. En clair : CHUT !

“Légales“
-La Samaritaine, 19 rue de la monnaie, dans le 1er. Oui je sais, le Panorama tout en haut est fermé pour des raisons de sécurité, mais on peut aller admirer la capitale depuis la terrasse du “Tout Paris“ (le resto), c’est déjà pas mal.
-Le toit de la tour Montparnasse, 33 ave du Maine, 6e. A 209 mètres, vue panoramique. Plein tarif, 8 euro, ouvert de 09h30 à 23h30.
-Le toit de l’arc de Triomphe, place du Général de Gaulle, 8e. Plein tarif, 6,4 euro, ouvert de 09h30 à 23h30.
-Le toit de la tour Eiffel, Champ de Mars, 7e. Plein Tarif jusqu’au troisième étage, 9,9 euro, ouvert de 09h à minuit.
-Le toit de Nova, 33 rue du faubourg St Antoine, 11e. Après une présentation à l’accueil, montez au7e étage, il est accessible à l’heure du déjeuner pour qu’on puisse manger au soleil. Le reste du temps, une porte blindée ainsi qu’un dragon bicéphale bloquent le passage. En somme, bonne chance.

Voici un article que j'ai fait paraître dans Nova mag il y a quelques années...

MUSIQUE/




Papa, je peux prendre ta guitare ?

Plus de 360 000 albums vendus en une semaine. C’est une mini révolution : en se faisant connaître par l’internet, les Arctic Monkeys, jeune groupe de Sheffield, ont battu tous les records de vente d’Angleterre, faisant un beau pied de nez à une industrie du disque piétinante. Ils sont aussi la preuve que la scène pop anglaise n’a jamais été aussi foisonnante. Une nouvelle sensation musicale qui, comme à l’accoutumée, s’inspire directement des cousins américains et perpétue une longue tradition de rock bluesy, dans la droite lignée de groupes 60’s comme The Kinks. Retour sur un phénomène qui n’est pas prêt de retomber.

Pas une semaine ne passe sans qu’on n’entende parler d’un nouveau groupe anglo-saxon qui fait fureur. Vous avez dû les voir en couverture des magazines spécialisés, des titres comme Magic qui se délectent de ces formations en provenance des Etats-Unis, ou bien souvent, d’Angleterre. Un point commun ? Une majorité d’entre eux porte la très tendance particule “The“, devant leur nom. Dans les années 80, le groupe new-wave The The s’en moquait déjà ouvertement. The Strokes, The White Stripes, The Libertines… jusqu’à des noms absurdes comme The Yeah Yeah Yeahs. Des dizaines de groupes qui réussissent un pari inouï : ils plaisent autant à la dernière génération d’adolescents qu’à leurs parents, qui prennent plaisir à voir ressurgir les guitares électriques qui traînaient dans le grenier depuis la fin du “swinging London“. On en parle en effet dans les pages cultures des quotidiens, qui ne ratent jamais l’occasion de tirer le portrait du dernier en lisse. Ils jouent aussi dans les émissions live des chaînes de télé, comme Canal + et son programme « L’album de la semaine », qui espère retrouver un peu d’énergie jeune, connue à l’époque du Top 50. Un phénomène qui s’est donc bien installé ici en France, mais qui outre-manche, est devenu depuis cinq ans une vague culturelle massive. Explications.


La pochette d'Is this it, qui a choqué les puritains.


Revenons un peu en arrière, en 2001, date du premier album de The Strokes, Is this it. Dans les bacs à disques américains, désormais squattés par l’avalanche hip-hop/R’n’b, ainsi que sur les chaînes musicales comme MTV, il n’y a plus de place pour le rock. Après s’être dévoyé en se mélangeant aux sons rap west coast, dans ce qu’on appelle le Rapcore, et des groupes comme Limp Bizkit, les rockeurs semblent un peu perdus. Seuls les dinosaures Rolling Stones ou U2 continuent de plaire à la masse. Même le CBGB, club mythique de New-York où de nombreux groupes légèrement underground comme les Ramones se sont fait la main, se désemplit. Il menace de fermer cette année. A cette époque donc, les new-yorkais de The Strokes trouvent la parade pour se faire connaître : traverser l’atlantique. Là, on les accueille comme il se doit, la presse est dithyrambique et leur rock mélodique, porté par des tubes comme Last nite, triomphe dans une tournée à guichets fermés. D’autres groupes comme Interpol imiteront leur expérience en se produisant dans toute l’île. Peu de temps après, c’est au tour des anglais de donner le change en propulsant à la tête des charts The Libertines, qui explosera malheureusement en plein vol à cause de son leader, le très controversé Pete Doherty, toxicomane préféré des tabloïds (voir encadré). En 2003, le public fait aussi connaissance avec The White Stripes, duo qui, après avoir gravité dans l’underground de Detroit, explose dans toutes les radios avec le tube interplanétaire Seven nation army et un troisième album, Elephant, qui reste gravé dans les mémoires. Enfin, surgit de Glasgow en 2004 le quatuor Franz Ferdinand. Avec plus de 4 millions d’albums vendus à travers le monde, et des riffs de guitare aussi simples à retenir que des mélodies de Beatles, ils confirment définitivement la venue d’une ère pop. Invités à des festivals comme Benicassim en Espagne, ils séduisent même le public électronique : on peut aussi danser sur leur musique.


The Kinks, 20 ans d'avance de style sur ACDC.


Trois accords sur une guitare électrique, une batterie rageuse : ces nouveaux groupes de garage rock ou de powerpop, chacun dans leur style, remettent au goût du jour un son lo-fi (en opposition au hi-fi, haute fidélité) inventé par Dave Davies dans les années 60 sur You really got me (le frère de Ray et guitariste des Kinks s’amusait à éventrer ses enceintes au rasoir et à planter des épingles dans son ampli, créant ainsi un son saturé, barbare) et une manière triviale de jouer de la musique, de préférer les concerts aux studios. « On voulait sonner comme nos disques préférés des années 70, » raconte Nick Valensi, guitariste de The Strokes. « Lust for life d’Iggy Pop, Loaded des Velvet Underground, les albums solo de John Lennon… C’étaient les références quand on décrivait à notre producteur le son qu’on recherchait. Je ne pense pas que ça soit vraiment lo-fi. C’était un son à la pointe de la technologie dans les 70’s ! » poursuit-il.
Avec 30 ans de retard, ils s’imposent à une époque où la musique électronique qu’on se fait chez soi devant son ordinateur s’est démocratisée à outrance, où les dj ont remplacé les rock stars. The Dead 60’s, jeune quatuor de Liverpool qui ressuscite avec brio le punk anglais des Clash, raconte : « Pas mal de groupes sont des gens de nôtre âge qui se sont remis à la guitare quand ils étaient plus jeunes, dans les années 90, quand Blur et Oasis se tiraient la bourre. A cette époque, on a commencé à se remettre à jouer de vrais instruments, plutôt que d’essayer de devenir des djs stars, ce qui était devenu une véritable manie. Maintenant, c’est nous qui faisons des tournées et sortons des albums. »
Si les influences américaines sont aussi les MC5, Sonic Youth, The Stooges ou encore Talking Heads, au Royaume-Uni, c’est toute la grande époque des mods, des groupes comme The Kinks, The Who, jusqu’à la fin des années punk et The Smiths qui ressurgit. Entre les deux pays, un mouvement de balancier semble s’exécuter : chacun se nourrit de l’autre dans une énergie créatrice intarissable. Si les Beatles et les Stones puisaient déjà à leurs débuts dans les standards du blues du Mississipi, comme veulent bien se raconter les vieux bluesmen qui n’ont jamais eu la chance de percer outre-Atlantique (à voir absolument : Le blues entre les dents, documentaire de Robert Manthoulis, Doriane Films), aujourd’hui, c’est toute la culture rock depuis plus de cinquante ans qu’on s’échange à tout va. Et l’Angleterre est la pierre angulaire de ce trafic musical.


The Raptures, virés de cours.


Aux Etats-Unis en effet, on produit depuis cinq ans de très bons groupes comme Radio 4 ou The Rapture, qui inondent les dancefloors à coups de tubes tapageurs, ou plus récemment Clap your hands say yeah, qui ont défrayé la chronique avec leur psyché rock aux accents hauts perchés, et leur vente record de 65 000 albums, uniquement grâce au web. Mais on retient surtout des américains un sens aiguë de ce que peut être une “cool attitude“. Ils font la mode. On tient pour preuve The Strokes, dont le chanteur, Julian Casablancas, n’est autre que le fils du créateur de l’agence de mannequin Elite, John Casablancas, et dont le groupe apparaît toujours avec cet air faussement détaché qu’ont les mecs cools, que ce soit lors de concerts au Mercury Lounge (club bobo du lower east-side, à Manhattan), ou lors de shootings photos, affublés des tenues les plus branchés qui soient, baskets Converse blanches aux pieds. Nick Valensi, l’un des guitaristes, confirme : « Le problème, avec le public new-yorkais, c’est que tout le monde est trop cool. Ils s’amusent bien, mais ils n’osent jamais vraiment bouger, danser, parce qu’ils ont peur du ridicule. Ils restent juste debout à regarder et écouter, en appréciant. Je ne me plains pas : je fais la même chose aux concerts des autres. Ca fait depuis que j’ai 13 ans que je ne danse plus dans les fosses des salles de concerts. »
En Angleterre, c’est différent. Heidi Slimane, directeur artistique de Dior Homme, a beau prendre en photo les Franz Ferdinand ou Pete Doherty dans des frusques haute gamme (il publie un livre en 2004, à l’effigie de la nouvelle scène rock, Stage), là-bas, c’est la culture du coin de pub, pinte à la main, qui est à son apogée. Les jeunes groupes s’essayent dans des gigs, sortes de concerts à moitié improvisés dans des salles populaires à souhait, où chaque groupe a une demi-heure pour démontrer son talent, devant un public qui n’hésite pas à crier ses joies et ses peines. C’est comme ça qu’ont commencé Arctic Monkeys. Il y a trois ans, leurs parents leur offraient à Noël leur première guitare, alors qu’ils s’ennuyaient un peu : « C’était un hobbie parmi d’autres. On aurait pu continuer à faire du skateboard mais on avait envie d’essayer quelque chose de nouveau. » ricanent-ils. Ravagés par l’acné, le cheveu gras ou un peu grassouillet, les quatre ados en polo-jean-baskets (est-ce à ça que ça ressemble, un mod du 21e siècle ?) ont appris en deux ans, comme d’autres le skate, à faire de la musique. Ils racontent : « on jouait les trucs les plus faciles au début, le générique de James Bond. Puis tout est venu tout seul. » Un premier single, Bet you look good on the dancefloor, distribué lors des concerts, des gigs, est rapidement mis en ligne sur le net par des fans. En moins d’un an, et après des dizaines de concerts à travers le pays, la rumeur gronde, et les voilà en première place des charts. C’est le phénomène Full Monty, d’ailleurs tourné à Sheffield : « On est juste des gens normaux qui sont devenus connus », ironisent-ils, acceptant totalement la comparaison avec les strip-teaseurs du film. Si certains les renvoient à The Jam ou encore aux Stray Cats, les quatre se défendent bien de la corrélation, prétendant ignorer tout de ces groupes. On veut bien les croire : à la différence des Dead 60’s, qui joue un ska pompant The Specials ou The Clash, ou encore de Bloc Party, qui ressuscitent New Order avec leur post new wave, les Arctic Monkeys s’illustrent par une énergie (le batteur, certainement le meilleur musicien de la formation, est en concert autant rageur qu’éclaté de rire) et surtout un sens de l’ironie bien à eux. Sur scène, le chanteur n’hésite pas à se payer la tête de l’assistance. Un humour anglais très identitaire, une autodérision qui se retrouvent dans leur textes, des odes au quotidien de leur quartier. Comme Blur le faisait avant eux, ou plus récemment le rappeur Mike Skinner de The Streets, qui, partant de scènes de vies banales, développe une poésie urbaine désopilante.


The Kooks. Ca y est, ils ont acheté du biactol.

Au sud du pays, à Brighton, c’est The Kooks, du même âge, qui vient de sortir. Avec un look méticuleusement désinvolte, à mi-chemin entre les hippies et le grunge, ils débarquent avec une folk acidulée, un joyeux mix entre Bob Dylan et Oasis. Déjà gonflés d’une culture musicale pointue, ils épatent autant par leur aisance à répondre aux questions des journalistes, qu’à leur facilité à jouer du vieux blues, pendant qu’ils vous parlent. Des petits cons vraiment talentueux. Seul vrai reproche qu’on peut faire à cette bande de jeunes musiciens : bravo d’avoir remis le rock au goût du jour, mais où sont passés les God save the queen effrayants? Ne leur manque-t-il pas un soupçon de révolte ? Quand on leur demande, ils jouent la carte du détachement. Pour les gars de Brighton, c’est qu’ils veulent changer le monde en étant positif, en déplaçant les foules avec une musique gaie. Pour les teignes d’Arctic Monkeys, c’est plus débile encore : « on a pas la culture politique nécessaire. On préfère chanter les choses qu’on connaît, c’est la plus facile des choses à faire. » Comme si Sid Vicious avait fait sciences po.
Dans leur sillage, des grappes entières de jeunes musiciens rêvent eux aussi à la réussite. Que ce soit grâce à internet (voir encadré), en chantant dans les gigs, ou en passant à la télé, comme c’est le cas du chanteur des Ordinary boys, qui, sortant de l’émission Big Brother, a réussi à faire connaître son groupe. Ils font désormais la couverture du NME, le tabloïd musical qui fait office de référence, comme l’était autrefois Rolling Stone aux Etats-Unis. « Aujourd’hui en Angleterre, tout le monde est dans un groupe » raconte le batteur d’Arctic Monkeys. « Les jeunes commencent à jouer de la musique dès le lycée. Peut-être que les instruments sont de moins en moins chers aussi. » Rapide coup de fil à Andy’s, l’un des plus imposants magasins de guitare de Londres : « C’est certain que par rapport à il y a quinze ans, les ventes ont explosé. De plus en plus de gens, de kids, rentrent et s’intéressent aux guitares, ils veulent voir les plus chères, les Gibson et les Fender. Il y a même des labels qui viennent et qui nous achètent jusqu’à 20 000 livres de matériel, pour équiper leurs artistes» prétend l’un des vendeurs. Mieux vaut être anglais aujourd’hui si l’on veut percer dans la pop. Alors qu’on fête cette année les trente ans de la naissance du punk, des premiers concerts des Sex Pistols, il semblerait que la musique anglo-saxonne n’ait jamais pris autant d’ampleur. Devenue plus qu’un terrain d’essais, comme à l’époque de Madchester et de la Factory, c’est le nouvel eldorado des maisons de disque et des médias.


La bible du rock. Du moins, l'ancien testament.

Mais à manquer de vrai tempérament et de créativité, on en vient parfois à perdre de son originalité, remarquait déjà en 75 le célèbre critique Greil Marcus (Mystery Train, 434 p., éditions Allia) : « L’imagination est en mauvaise passe dans le Rock’n’roll post Beatles. Le public n’est plus habitué à l’idée que l’on puisse inventer quelque chose, créer un personnage et l’incarner réellement, comme le faisait Chuck Berry et Bob Dylan. Il prend tout au pied de la lettre. » Quelle futur pour tous ces groupes ? Espérons-leur peut-être un retour au “no future“, qui paraît maintenant si révolutionnaire. Trente ans que le punk est né, mais Johnny Rotten sort à peine de l’équivalent anglais de La ferme des célébrités. Drôle d’époque pour des jeunes rock stars déjà nostalgiques.







Bonjour.
Je tâcherais d'être court. Aujourd'hui, plus personne ne lit. Moi non plus je ne lis plus. Alors j'écris. J'écris mais pour être lu par qui si personne ne lit? Par moi. Peut-être serais-je mon seul lecteur. Mais je m'évertuerais quand même à écrire. Ecrire toujours. Ecrire ce qui me passionne. Ecrire ce que je vis. Ecrire ce que je ressens. Interviewer des gens. Faire parler le monde. Faire parler tout le monde. Pour que l'écriture donne un sens à la vie. Parce que écrire c'est sortir de sa torpeur. C'est affronter les lettres pour oublier ses pensées. Coucher ses rêves pour arrêter de cauchemarder.